La parole aux participants :

« Nous vivons dans une grande ville où la diversité culturelle est importante. Mais cela ne signifie pas pour autant que les gens se fréquentent. Ils ne font le plus souvent que cohabiter. On peut faire le même constat pour ce qui concerne les rapports entre générations.

Mon adhésion au projet Inter-âgir est motivée par l’intérêt que je porte au lien social qu’il est bénéfique de recréer. J’espère de cette façon contribuer à un meilleur « vivre ensemble ».

En participant aux côtés des aînés à des ateliers créatifs organisés en dehors de tout cadre scolaire ou didactique, les enfants nous apprennent à nous réapproprier ce regard neuf, cette inventivité et cette fraîcheur d’esprit que nous avons perdue au fil des ans.

Ces échanges intergénérationnels se révèlent très valorisants et productifs de véritable complicité.

S’il est vrai que de jeunes enfants ne trouvent pas toujours les bons mots pour exprimer cette joie partagée ensemble, leur enthousiasme se communique de nombreuses façons. »

« On ne voit bien qu’avec le cœur.» Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince.

André, 68 ans.

« J’ai beaucoup de joie d’être dans un groupe intergénérationnel. Je découvre les enfants d’une autre façon, épanouie. J’ai l’impression de me sentir utile. J’éprouve un immense plaisir de jouer. J’espère pouvoir encore beaucoup jouer et rire ! »  Viviane, 60 ans.

« J’aime participer au projet pour apprendre des nouvelles choses avec des personnes âgées et s’amuser. » Hicham, 11 ans.

Parole d'intervenant externe :

Dans le cadre de mon activité extérieure, je me suis rendue le temps d’une après-midi à un atelier du projet « Inter-âgir ». Ce projet est une initiative du service de santé mentale Rivage-den zaet et du projet Dionysos (celui-ci reposant sur une unité mobile de soutien au réseau de soins de personnes âgées et fragiles de plus de 60 ans). Inter-âgir organise des rencontres entre des enfants suivis au service de santé mentale et des pensionnés, permettant ainsi un moment d’échanges autour d’activités ludiques et variées, mais également des moments consacrés à l’aide aux devoirs des enfants.

Ce jour-là, l’activité se faisait autour d’un potager collectif, auquel nous nous sommes rendus avec les enfants. L’un des pensionnés gérait l’activité, invitant les enfants à réaliser certaines tâches, leur posant parfois quelques questions afin d’éveiller leur curiosité et leur transmettant quelques uns de ses trucs et astuces. Une animatrice dynamique était présente tout le long de l’activité, attentive à ce que celle-ci se déroule pour le mieux et que chacun y trouve sa place. Lors de cette après-midi j’ai pu observer des enfants épanouis et motivés, n’hésitant pas à participer aux diverses tâches proposées. Les pensionnés eux-même étaient parfois surpris d’apprendre des choses et c’est dans cette dynamique d’échange que cette activité s’est déroulée. Très vite intégrée au groupe par les pensionnés mais également par les enfants, j’ai pu pleinement profiter de cette ambiance conviviale. Une fois rentrée, j’ai eu la chance d’assister au débriefing mensuel ayant lieu avec les pensionnés, qui lors de celui-ci ont pu partager leur ressenti par rapport à cet atelier mais également profiter de ce moment pour discuter de la façon dont ils vivaient ce projet, leur place dans le groupe ou encore l’évolution des enfants et les liens créés. Certaines idées pour les futurs projets ont également pu être discutées.

Tout ce projet se base donc sur des interactions et des échanges, qu’ils soient multiculturels ou intergénérationnels. Chaque pensionné ammène sa propre histoire, son propre bagage et s’ouvre pour partager une partie de celui-ci. La grande diversité des raisons ayant amené chacun à décider de s’engager dans ce projet assure une richesse dans les liens qui se créent et dans les échanges qui s’opèrent. Quelles que soient ces motivations, les ateliers permettent aux personnes âgées de maintenir une activité enrichissante. Pour reprendre une citation d’ Oscar Wilde ; « Il ne faut pas chercher à rajouter des années à sa vie, mais plutôt essayer de rajouter de la vie à ses années », je pense que l’on peut dire que ce pari est dans ce projet tout à fait réussi. Du coté des enfants, ces activités leur permettent de tisser un lien structurant, le tout dans un cadre éducatif mais aussi et avant tout récréatif, laissant la place à une transmission des savoirs et des émotions.

L’apport de cette activité dans le cadre de ma formation peut être vu sous plusieurs angles ; le premier est un enrichissement sur le plan humain, largement décrit ci-dessus. Le second est un point de vue plus médical, cette organisation pouvant être vue comme un beau moyen de prévention concernant la fragilité et le déclin fonctionnel des personnes âgées. En effet, ces activités permettent un maintien de leurs capacités, le tout dans un rôle valorisant et prônant leur autonomie. Ceci est une belle illustration du fait qu’il ne faut pas perdre de vue que les moyens de prévention ne sont pas que dépistages et médications, mais au contraire que les liens humains y jouent un rôle important. Du côté des enfants, à côté de l’apport culturel de ces activités, ils ont également l’occasion d’y appliquer certains de leurs apprentissages, notamment concernant la logopédie, dans un cadre sécurisant et ludique, permettant une prise de confiance et une continuité dans leur prise en charge. Ceci permet également de souligner le fait que lors d’une thérapie ou de manière plus générale lors d’une consultation, il ne faut pas oublier « l’après » ; l’application dans la vie de tous les jours et l’importance de cette continuité.

Pour conclure, j’aimerais citer Madeleine Préclaire, qui a écrit dans un article intitulé « Qu’est il possible d’espérer…du vieillissement ? » : « C’est d’abord que le vieillissement soit reconnu comme le mouvement de la vie ; comme un sentier que l’on suit lentement sachant qu’il mène au sommet : qu’il soit accepté comme partie intégrante de notre être, entrevu sereinement comme son mûrissement, son destin ; que l’on ose en parler, le regarder en lucidité, l’apprivoiser comme un bon compagnon. Vieillir humainement, c’est, sachant les misères et les fatigues de son corps, la déchéance possible du dernier âge, les assumer et les dépasser par la force de l’esprit. Il est de grands vieillards parce qu’ils ont –au long de leur vie-, donné la préférence au cœur, à l’esprit, sur les choses : c’est pourquoi ce qu’il faut espérer c’est que l’éducation, comme la science, retrouve cette dimension de l’existence et la valorise, car si vieillir c’est décroitre biologiquement, vieillir humainement et spirituellement c’est croitre. La croissance intérieure de l’être n’est jamais achevée, elle est infinie. »[1]

 [1] Madeleine PRECLAIRE, Qu’est-il possible d’espérer…du vieillissement ? in Traité d’anthropologie médicale, J. Dufresne, F. Dumont & Y. Martin (sous la dir. de), Presses de l’Université du Quebec, l’Institut québécois de Recherche sur la Culture & les Presses Universitaires de Lyon, 1985.

Verhellen Catherine      Master 1           Université catholique de Louvain

Activité extérieure : Inter-âgir du 30 avril 2015